Conclusions des chercheurs
L’équipe a identifié de graves problèmes pour les animaux en matière de nutrition, d’habitat, de santé, de comportement, des besoins sociaux et des capacités cognitives. Les risques les plus importants sont classés comme élevés avec un niveau de confiance élevé, ce qui signifie que les preuves sont solides et que les préjudices sont graves.
Les régimes à base de graines, une alimentation couramment donnée aux oiseaux, présentent un risque élevé pour l’ensemble des 27 espèces. Les graines sont riches en calories mais pauvres en plusieurs vitamines, minéraux et acides aminés essentiels. Lorsqu’ils peuvent choisir, les oiseaux choisissent les graines les plus caloriques, ce qui entraîne obésité et malnutrition. Un régime à base de granulés, complété par des fruits et légumes frais, répond bien mieux aux besoins alimentaires de ces oiseaux. Les pratiques alimentaires devraient également permettre aux oiseaux de passer plusieurs heures par jour à chercher leur nourriture, car il s’agit d’un puissant moteur comportemental.
L’isolement social figure parmi les risques les plus important identifiés pour ces oiseaux. Les 27 espèces étudiées sont toutes très sociables à l’état sauvage, vivant en couples et en groupes plus importants. L’équipe conclut avec un haut degré de certitude que le fait de détenir l’un de ces oiseaux sans au moins un compagnon de sa propre espèce entraîne un risque élevé d’atteinte à son « bien-être ». L’isolement social — même quelques heures par jour seulement — peut entraîner un stress chronique, l’oiseau pouvant s’arracher les plumes ou se gratter, et des comportements répétitifs anormaux (stéréotypies). Les effets négatifs sont visibles au bout de trois mois et semblent s’aggraver avec le temps. Bien que certaines personnes passent beaucoup de temps avec leurs oiseaux, répondre aux besoins sociaux de ces animaux uniquement par interaction humaine nécessiterait environ six heures d’engagement actif par jour. Et même dans ce cas, le contact humain n’est pas en mesure de reproduire l’environnement social spécifique à l’espèce que fournissent les compagnons ailés. L’habitat en groupe, par couples ou, idéalement, avec plusieurs couples, est le seul moyen de répondre adéquatement à ces besoins.
Plusieurs pratiques d’élevage courantes sont également considérées comme présentant un risque élevé :
- L’élevage à la main (qui consiste à séparer les oisillons de leurs parents pour les socialiser à l’être humain) augmente le risque de stéréotypies, d’agressivité et de comportements d’arrachage de plumes. Les oiseaux élevés à la main sont également moins enclins à interagir avec des objets d’enrichissement. Ces effets ont tendance à être chroniques et très difficiles à inverser.
- La coupe des plumes, souvent pratiquée pour empêcher les oiseaux de s’échapper, les prive de leur capacité à voler, altère leur équilibre et les prive d’un de leurs comportements naturels les plus importants.
- La détention en cage empêche le vol naturel, ce qui entraîne frustration, ennui et stress chronique, ainsi que des problèmes de santé liés au manque d’activité physique. Les oiseaux ont besoin de dizaines de mètres d’espace horizontal et vertical pour voler à leur plein potentiel, notamment pour atteindre leur vitesse maximale. Même les grandes volières ne suffisent pas, et seul le vol en plein air sans restriction peut répondre à ce besoin.
- Les environnements dépourvus de stimulation sont associés à l’ennui, au stress chronique, aux stéréotypies, aux comportements d’arrachage de plumes et à une activité physique réduite. L’accès à une grande variété de matériaux d’enrichissement est essentiel pour favoriser la dextérité, le comportement de recherche de nourriture, l’exploration, le jeu, la résolution de problèmes et le développement cognitif. Les bains ou douches ainsi que le choix entre différents perchoirs constituent également des besoins environnementaux fondamentaux , et non des options facultatives.
Sept espèces sont identifiées comme présentant un risque particulièrement élevé en captivité, à tel point qu’il est discutable de les considérer comme des animaux de compagnie ou de loisir : le cacatoès blanc, le cacatoès à huppe jaune, le cacatoès rosalbin, l’électus des Moluques, l’araçari à oreillons roux, le toucan toco et le toucan à bec rouge. Pour trois espèces, à savoir la conure à joues vertes, la conure à poitrine bleue et la perruche omnicolore, les données disponibles étaient insuffisantes pour tirer des conclusions.