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Marchandisation des oiseaux exotiques :
la captivité, une vie de souffrance

En juin 2026, une étude concernant les “risques liés au bien-être des oiseaux exotiques détenus comme animaux de compagnie ou de loisir” a été publiée par le Comité scientifique norvégien pour l’alimentation et l’environnement. Cette étude s’appuie sur l’évaluation de 24 espèces de perroquets et trois espèces de toucans couramment détenus par des particuliers en Norvège.

PAZ demande l’interdiction de la détention d’animaux sauvages chez les particuliers, dont les perroquets.

Cet article est une traduction du résumé de cette étude publié sur Faunalytics.org.

Les oiseaux exotiques en captivité sont exposés à de graves risques pour leur « bien-être ». 

Des experts ont évalué 27 espèces de perroquets et de toucans et ont constaté qu’il était extrêmement difficile d’assurer le « bien-être » de ces oiseaux chez des particuliers.

Photo PAZ prise le 20 mars 2026 : Gris du Gabon, animalerie Truffaut Ivry

« Les perroquets et les toucans comptent parmi les oiseaux dotés des capacités cognitives les plus complexes au monde. À l’état sauvage, ils parcourent plusieurs kilomètres chaque jour, passent des heures à chercher de la nourriture et tissent des liens sociaux profonds au sein de leurs couples et de leurs groupes. Contrairement aux chats ou aux chiens, ils ne sont pas domestiqués. Leurs comportements et leurs besoins restent essentiellement les mêmes que ceux des oiseaux sauvages de leur espèce. Pourtant, ce sont des animaux de compagnie très appréciés dans le monde entier, souvent détenus dans des conditions qui sont loin de reproduire leur environnement naturel. En Norvège, on estime que 195 000 oiseaux exotiques étaient détenus comme animaux de compagnie ou de loisir en 2023. Cependant, il n’existe presque aucune réglementation spécifique à ces espèces régissant la manière dont ils doivent être pris en charge.

Consciente de cette lacune, l’Autorité norvégienne de sécurité alimentaire a commandé une évaluation scientifique officielle afin d’éclairer l’élaboration d’éventuelles nouvelles réglementations. Le Comité scientifique norvégien pour l’alimentation et l’environnement (VKM) a été chargé d’étudier les besoins et défis en matière de « bien-être » et les mesures d’atténuation pour 24 espèces de perroquets et trois espèces de toucans couramment détenus par des particuliers en Norvège.

Ce qu’ont fait les chercheurs

Le VKM a constitué un groupe de travail composé d’experts en « bien-être animal », en comportement, en médecine vétérinaire, en enrichissement de l’environnement et en cognition. L’équipe a effectué des recherches dans cinq bases de données universitaires, identifiant plus de 1 300 articles évalués par des pairs. Après avoir vérifié leur pertinence, 122 d’entre eux ont finalement été retenus. 168 rapports et articles supplémentaires ont été identifiés grâce à des recherches complémentaires, notamment dans des listes de références, sur des sites web gouvernementaux et universitaires, ainsi que par recommandation des membres de l’équipe.

Cette évaluation s’est appuyée sur un cadre formel d’évaluation des risques pour le « bien-être animal » élaboré par l’Autorité européenne de sécurité des aliments. Pour chaque enjeu lié à la condition animale, les chercheurs ont évalué l’exposition (la probabilité que le préjudice se produise) et les conséquences (la gravité du préjudice s’il venait à se produire). Ils ont combiné ces éléments pour établir une note globale de risque (faible, moyen ou élevé), accompagnée de niveaux de confiance faibles, moyens ou élevés en fonction de la disponibilité et de la nature des données.

Photos PAZ prises le 22 avril 2026 : Gris du Gabon “élevé à la main”, Botanic Nancy Heillecourt
L'étude du VKM précise que les Gris du Gabon non migrateurs peuvent parcourir 30 km en une journée (Harcourt-Brown & Chitty, 2005).

Conclusions des chercheurs

L’équipe a identifié de graves problèmes pour les animaux en matière de nutrition, d’habitat, de santé, de comportement, des besoins sociaux et des capacités cognitives. Les risques les plus importants sont classés comme élevés avec un niveau de confiance élevé, ce qui signifie que les preuves sont solides et que les préjudices sont graves.

Les régimes à base de graines, une alimentation couramment donnée aux oiseaux, présentent un risque élevé pour l’ensemble des 27 espèces. Les graines sont riches en calories mais pauvres en plusieurs vitamines, minéraux et acides aminés essentiels. Lorsqu’ils peuvent choisir, les oiseaux choisissent les graines les plus caloriques, ce qui entraîne obésité et malnutrition. Un régime à base de granulés, complété par des fruits et légumes frais, répond bien mieux aux besoins alimentaires de ces oiseaux. Les pratiques alimentaires devraient également permettre aux oiseaux de passer plusieurs heures par jour à chercher leur nourriture, car il s’agit d’un puissant moteur comportemental.

L’isolement social figure parmi les risques les plus important identifiés pour ces oiseaux. Les 27 espèces étudiées sont toutes très sociables à l’état sauvage, vivant en couples et en groupes plus importants. L’équipe conclut avec un haut degré de certitude que le fait de détenir l’un de ces oiseaux sans au moins un compagnon de sa propre espèce entraîne un risque élevé d’atteinte à son « bien-être ». L’isolement social — même quelques heures par jour seulement — peut entraîner un stress chronique, l’oiseau pouvant s’arracher les plumes ou se gratter, et des comportements répétitifs anormaux (stéréotypies). Les effets négatifs sont visibles au bout de trois mois et semblent s’aggraver avec le temps. Bien que certaines personnes passent beaucoup de temps avec leurs oiseaux, répondre aux besoins sociaux de ces animaux uniquement par interaction humaine nécessiterait environ six heures d’engagement actif par jour. Et même dans ce cas, le contact humain n’est pas en mesure de reproduire l’environnement social spécifique à l’espèce que fournissent les compagnons ailés. L’habitat en groupe, par couples ou, idéalement, avec plusieurs couples, est le seul moyen de répondre adéquatement à ces besoins.

Plusieurs pratiques d’élevage courantes sont également considérées comme présentant un risque élevé :

  • L’élevage à la main (qui consiste à séparer les oisillons de leurs parents pour les socialiser à l’être humain) augmente le risque de stéréotypies, d’agressivité et de comportements d’arrachage de plumes. Les oiseaux élevés à la main sont également moins enclins à interagir avec des objets d’enrichissement. Ces effets ont tendance à être chroniques et très difficiles à inverser.
  • La coupe des plumes, souvent pratiquée pour empêcher les oiseaux de s’échapper, les prive de leur capacité à voler, altère leur équilibre et les prive d’un de leurs comportements naturels les plus importants.
  • La détention en cage empêche le vol naturel, ce qui entraîne frustration, ennui et stress chronique, ainsi que des problèmes de santé liés au manque d’activité physique. Les oiseaux ont besoin de dizaines de mètres d’espace horizontal et vertical pour voler à leur plein potentiel, notamment pour atteindre leur vitesse maximale. Même les grandes volières ne suffisent pas, et seul le vol en plein air sans restriction peut répondre à ce besoin.
  • Les environnements dépourvus de stimulation sont associés à l’ennui, au stress chronique, aux stéréotypies, aux comportements d’arrachage de plumes et à une activité physique réduite. L’accès à une grande variété de matériaux d’enrichissement est essentiel pour favoriser la dextérité, le comportement de recherche de nourriture, l’exploration, le jeu, la résolution de problèmes et le développement cognitif. Les bains ou douches ainsi que le choix entre différents perchoirs constituent également des besoins environnementaux fondamentaux , et non des options facultatives.

Sept espèces sont identifiées comme présentant un risque particulièrement élevé en captivité, à tel point qu’il est discutable de les considérer comme des animaux de compagnie ou de loisir : le cacatoès blanc, le cacatoès à huppe jaune, le cacatoès rosalbin, l’électus des Moluques, l’araçari à oreillons roux, le toucan toco et le toucan à bec rouge. Pour trois espèces, à savoir la conure à joues vertes, la conure à poitrine bleue et la perruche omnicolore, les données disponibles étaient insuffisantes pour tirer des conclusions.

Photo PAZ prise le 7 mars 2026 au Truffaut Paris 13e : Rosario, un perroquet cacatoès Rosalbin dont PAZ a révélé une vidéo. Il était enfermé au sous-sol du magasin Truffaut et ne voyait jamais la lumière du jour. Cette situation durait depuis des mois.

Limites et lacunes des données

Le rapport reconnaît un manque important de littérature scientifique concernant le « bien-être » des perroquets et des toucans détenus par des particuliers. Les recherches sur les toucans et plusieurs espèces de perroquets sont particulièrement rares, tant en captivité que dans leur habitat naturel. Dans certains cas, l’équipe s’est appuyée sur l’avis d’experts en l’absence de preuves directes.

Plaidoyer en faveur des oiseaux exotiques

La conclusion de l’équipe est sans ambiguïté : garantir le réel « bien-être » des 27 espèces chez des particuliers représente un défi extrêmement difficile à relever. Les soins véritablement adéquats sont pratiquement impossibles à prodiguer pour la plupart des personnes, quels que soient leur dévouement ou leurs ressources, compte tenu des besoins importants en espace, des besoins sociaux et cognitifs complexes, des exigences nutritionnelles spécifiques et du puissant instinct biologique de vol de ces oiseaux.

Cette évaluation a été commandée afin d’éclairer directement les décisions réglementaires ; elle fournit une base scientifique solide aux militants en faveur de protections juridiques significatives pour les oiseaux exotiques en Norvège et ailleurs. Les arguments en faveur de l’obligation de détention en groupe et de la fin de pratiques telles que la coupe des plumes et l’élevage à la main reposent sur les preuves examinées ici, et non sur des spéculations. Pour les sept espèces jugées les moins adaptées à la vie en captivité, les données scientifiques justifient l’interdiction totale de les détenir comme animaux de compagnie.

Plus généralement, le rapport met en évidence une forme de souffrance animale qu’il est facile d’ignorer précisément parce qu’elle est devenue si banale, et offre aux défenseurs des droits des animaux comme aux décideurs politiques une base scientifique rigoureuse pour exiger des améliorations.

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