Jeudi 4 octobre 2018, pendant une semaine, notre association Paris Animaux Zoopolis lancera une campagne d’affichage sur les quais du métro parisien. 

Cette campagne est destinée, d’une part, à remettre en cause l’image négative des rats issus de préjugés, d’autre part, à contester l’empoisonnement des rats à Paris.

Mercredi 10 octobre 2018, nous avons remis un courrier collectif, signé par des associations de protection animale, à la Maire de Paris et au cabinet de l’Adjointe à la Santé Anne Souyris.

 

Version refusée par la régie publicitaire de la RATP

Version acceptée par la régie publicitaire de la RATP

Cassons les clichés ! Supprimons les préjugés !

1) “Les rats sont porteurs de maladie”

Les rats sont fréquemment accusés de répandre, au sein de la population humaine, de très nombreuses maladies. Pourtant, aucune épidémie dont les rats auraient été à l’origine n’a frappé les parisiennes et les parisiens depuis de très nombreuses années.

Il est vrai que le nombre de cas de leptospirose, maladie transmise par le contact avec des eaux douces souillées par l’urine de certains animaux, dont les rats, est en progression en France métropolitaine. C’est cependant une conséquence du réchauffement climatique plus que d’une augmentation, non démontrée, du nombre de rats, des eaux plus chaudes favorisant la survie de la bactérie.

Quant à la peste noire, qui aurait tué entre un tiers et la moitié de la population européenne au XIVe siècle, elle est associée au rat noir (rattus rattus), alors que celui-ci a été supplanté par son cousin le rat gris (rattus norvegicus) au cours du XVIIIe siècle. De surcroît, une récente étude a remis en cause le rôle causal joué par les rats noirs dans la propagation de la deuxième pandémie, qui a débuté par la peste noire (1348-1352) et a eu des répercussions jusque dans la première moitié du XXe siècle. Selon cette étude, il faudrait plutôt incriminer les parasites vivant sur le corps humain, comme les puces et les poux.

Le temple de Karni-Mata à Deshnok (Rajasthan, Inde) abrite aujourd’hui plus de 20.000 rats noirs, manifestations des conteurs et poètes ramenés à la vie sous cette forme par Karni, mystique du XIVe siècle. La nourriture et les boissons goûtées par les rats sont “bénies” ; aussi les fidèles trempent-ils leurs doigts dans les bols de lait donnés aux rats, avant de les lécher en signe de communion divine. De mémoire humaine, la ville de Deshnok n’a pourtant jamais connu d’épidémie dont le temple de Karni-Mata aurait été le foyer.

Alors que l’arrêté n° 2018-00289 du 12 avril 2018, pris par le Préfet de police de Paris, affirmait “qu’il y a nécessité, dans l’intérêt de l’hygiène et de la santé publique, de procéder à une destruction massive et généralisée des rats”, la Mairie de Paris reconnaît, sur son site, que “le risque sanitaire est cependant minime.” (Encadré : “Les rats à Paris : qui sont-ils ?”)

De qui se moque-t-on ?

2) “Les rats sont sales”

Les rats sont, à tort, associés à la saleté. Ils sont en effet très propres ; ils font leur toilette avec minutie, même s’ils vivent dans les égouts. Les rats nettoient leur tête avec leurs pattes antérieures ; après quoi, ils se lavent le reste du corps en le léchant. Pour éliminer les parasites, comme les puces, ils se grattent avec leurs pattes postérieures, qui peuvent atteindre presque toutes les parties du corps.

3) “Les rats me font peur”

Les rats ne constituent pas une menace pour les êtres humains ; ils n’attaquent pas ceux-ci. Le rat anthropophage est un mythe, diffusé par les écrivains occidentaux, comme Edgar Allan Poe, auteur de la célèbre nouvelle Le Puit et le Pendule. Grouillant sur le corps du héros, les rats contribuent à le rendre fou de terreur, alors qu’il est enfermé dans un cachot aveugle, à Tolède, pendant la guerre d’indépendance espagnole. Poe présente les rats sous un jour détestable et totalement erroné : “Ils étaient tumultueux, hardis, voraces, – leurs yeux rouges dardés sur moi, comme s’ils n’attendaient que mon immobilité pour faire de moi leur proie.”

La réalité est bien différente. Lorsqu’ils pressentent un danger, les rats fuient. Lors du grand tremblement de terre de Lisbonne, le 1er novembre 1755, les rats, très sensibles aux vibrations, prirent la fuite, parmi d’autres animaux, pour se réfugier dans les hauteurs. Au contraire, les êtres humains qui n’avaient pas été tués par l’effondrement des bâtiments et notamment des églises – c’était la fête de la Toussaint -, se précipitèrent vers le port où ils furent noyés par le tsunami qui suivit le séisme.

Les êtres humains sont souvent rebutés par la queue des rats, qui fait penser à un ver de terre ou un serpent. La queue du rat lui sert cependant à garder son équilibre et aussi à réguler sa température corporelle.

Il n’y a donc pas de quoi avoir peur des rats !

 

4) “Les rats font des dégradations”

 

Les rats vivent, en principe, dans des terriers qu’ils creusent. S’ils vivent dans des parcs et jardins, comme ceux qui agrémentent la ville de Paris, ils feront nécessairement divers “aménagements”. Il est difficile de le leur reprocher, sauf à leur refuser purement et simplement le droit de vivre.

Par ailleurs, les rats sont des rongeurs ; leurs dents poussent donc continuellement, afin d’éviter l’usure. Ils sont bien connus pour s’attaquer tout particulièrement aux fils électriques, provoquant ainsi diverses pannes et dysfonctionnements des installations humaines. Pour les rats, les fils électriques ne se distinguent pas des racines ou des radicelles que les rats coupent lorsqu’ils creusent leurs terriers.

 

Il arrive ainsi que les rats soient à l’origine d’accidents graves, comme la collision de trains qui avait fait une quarantaine de blessés à Denguin près de Pau, en 2014. Des “rongeurs” avaient endommagé les gaines d’isolement des câbles électriques du système de signalisation, déréglant les feux ; ce qui avait provoqué l’accident. Ce sont pourtant des phénomènes strictement naturels, analogues aux inondations ou aux glissements de terrain. C’est aux êtres humains de protéger leurs installations et de prendre les mesures de sécurité qui s’imposent. Dératiser n’est pas la solution.

5) “Les rats nous envahissent”

A en croire la presse, les rats envahissent Paris. Les titres sensationnels se succèdent dans un course échevelée au ridicule. “Les rats sont-ils en train de grignoter peu à peu Paris ?” s’interroge France Info le 8 février 2018. Paris est donc un fromage ; cela dépend évidemment pour qui… “Les rats pullulent à Paris : 7 questions sur une invasion hors de contrôle” proclame L’Obs du 17 mars 2018. Le célèbre magazine semble oublier que les êtres humains ne contrôlent pas la nature. En revanche, ils sont effectivement en train de la rendre totalement incontrôlable… La palme de l’ubuesque revient cependant au Parisien du 26 septembre 2017 qui titre : “Les rats sont entrés dans Paris !”. On n’attend plus que les rats défilent sur les Champs-Elysées et que le Gouvernement se réfugie à Bordeaux…

Dans cette course au ridicule et au sensationnel, les dératiseurs ne sont pas en reste. Le site www.deratisation.com nous apprend ainsi que “les experts en lutte anti-nuisibles en milieu urbain parlent d’un ratio de 1.5 à 2 rats par personne en ville, ce qui représenterait un nombre de 5 millions de rats à Paris. On remarquera incidemment que, le nombre d’habitants parisiens étant estimé à 2 220 445 personnes (au 1er janvier 2014), les “experts en lutte anti-nuisibles” utilisent donc le ratio de 2 rats pour 1 habitant, n’hésitant pas à pousser le curseur à son maximum.

On estimait le nombre de rats à New York à 8 millions sur la base d’un ratio de 1 rat pour 1 habitant, jusqu’à ce que Jonathan Auerbach, doctorant au Département de statistiques de l’Université Columbia, a démontré que le nombre de rats new-yorkais est d’environ 2 millions avec une marge d’erreur de 150 000 individus. En effet, les rats étant des animaux très territoriaux, plusieurs colonies peuvent très difficilement cohabiter dans un même lot (J. Auerbach, Does New York City really have as many rats as people : Significance october 2014, p. 22).

Heureusement, le ridicule ne tue pas. Sinon, il faudrait déplorer le décès des prétendus “experts en lutte anti-nuisibles”, qui n’hésitent pas à gonfler les estimations pour gonfler leur chiffre d’affaires… Faut-il rappeler que les dératiseurs sont des commerçants dont l’objectif principal, voire unique, est de gagner de l’argent ?

Faute d’étude scientifique, l’évolution du nombre de rats à Paris n’est pas connue. Ce que l’on prend pour une “invasion” ou une expansion démographique peut tout aussi bien correspondre à un simple déplacement des rats du sous-sol vers la surface, provoqué par les activités humaines (démolition et construction d’immeubles, prolongation de lignes du RER, travaux du Grand Paris, pique-niques dans les parcs parisiens, fan zones, etc.) ou par des phénomènes naturels (crues). Les travaux, notamment, font fuir les rats à cause des vibrations dont ils sont la source (voir supra, 3. “Les rats me font peur”). Il faut encore relever que ces déplacements du sous-sol vers la surface sont une cause importante de mortalité pour les rats ; ce qui contribue aussi à mettre en doute la théorie de l’ “invasion”.

Ce que fait Paris : cacher ces rats que je ne saurais voir !

La Mairie de Paris, avec l’appui de la Préfecture de police, entend éliminer les rats qui vivent en surface, “empêchant les rats de sortir des égouts” et “ciblant drastiquement la population de rats indépendant des égouts, vivant en surface”.

Ces mesures sont prises sous couvert d’arguments sanitaires totalement infondés.

[Voir plus haut : 1. “Les rats sont porteurs de maladie”]

Il est vrai que la Mairie de Paris ne conçoit les rats que comme une menace contre la santé et la propreté ; les rats, institutionnellement, relèvent en effet des attributions de l’adjointe chargée de la santé (Anne Souyris) et de l’adjoint chargé de la propreté (Mao Peninou) et non de l’adjointe chargée des espaces verts et de la biodiversité (Pénélope Komitès).

Malgré ces préoccupations sanitaires affichées, la politique municipale à l’égard des rats est purement cosmétique. La Mairie de Paris ne s’en cache pas. Selon elle, le rat “est source d’inconfort visuel, de crainte, voire de phobie”.

Faut-il détruire tous les êtres vivants qui sont la “source d’inconfort visuel, de crainte, voire de phobie” ? Vaste programme… Rappelons que la phobie est une pathologie psychiatrique, pour laquelle il existe divers traitements. Aucun de ceux-ci ne consiste en l’anéantissement de la source de la phobie…

La Mairie de Paris ajoute que le rat “est à l’origine de dégradations diverses : espaces verts, circuits électriques, stocks de nourriture etc.”.

Voir des animaux dans les espaces verts n’est pas choquant. Rats des champs et campagnols se rencontrent (encore) à la campagne sans susciter des manifestations d’intolérance comparables à celles des édiles parisiens. Pourquoi les rats de ville ne pourraient-ils pas élire domicile dans les espaces verts urbains ? Quant aux circuits électriques et aux stocks de nourriture, il appartient évidemment à la Mairie, à la Préfecture, aux entreprises et aux particuliers de prendre les mesures  de protection qui s’imposent (boîtes hermétiques, gaines métalliques, etc.).

[Voir plus haut : 6. “Les rats font des dégradations”]

La Mairie de Paris recourt, pour diminuer la population de rats, à l’empoisonnement massif et généralisé. Sont utilisés des anticoagulants, qui provoquent des hémorragies internes, et des pièges à alcool dans lesquels les rats se noient. Le 9 novembre 2017, la Mairie de Paris a conclu avec l’établissement public VetAgro Sup une convention ayant pour objet l’évaluation de la résistance génétique des rats aux anticoagulants dans la perspective de la mise au point de produits plus efficaces. Cette politique, à court terme, ne peut aboutir qu’à l’apparition de rats particulièrement résistants aux anticoagulants, dont il sera de plus en plus difficile de “venir à bout”. La lutte contre les rats risque donc de devenir de plus en plus coûteuse pour une efficacité de plus en plus faible…

Ce que nous proposons :

cohabiter intelligemment avec les rats

Il est urgent que la Mairie de Paris modifie radicalement son approche et son discours sur les rats qui favorise les peurs irrationnelles.

La situation des rats en ville doit être pensée comme une partie d’une réflexion plus générale sur la place des animaux en ville et non comme une question de santé publique. Les chiens, comme les rats, sont des réservoirs d’agents pathogènes ; les chiens peuvent transmettre, notamment, la toxoplasmose, la teigne et même la leptospirose. Pourtant, la question des chiens en ville ne relève pas, à Paris, de l’adjointe en charge de la santé. Parmi les animaux, seuls les rats sont de la compétence de cette adjointe.

Nous devons apprendre à cohabiter avec les animaux. Les animaux sont aussi légitimes que nous à vivre en ville. Ils n’ont d’ailleurs plus le choix, car l’agriculture industrielle détruit leur habitat naturel ; ce qui pousse nombre d’entre eux à se réfugier dans les villes et spécialement dans les parcs et jardins.

Les rats appartiennent à la grande catégorie des animaux liminaires. En effet, « les villes fourmillent d’animaux non domestiques – des chiens retournés à l’état sauvage, des espèces exotiques échappées, des animaux sauvages dont les habitats ont été cernés par le développement humain, des oiseaux migrateurs –, pour ne rien dire des milliards d’animaux opportunistes qui profitent du développement humain et prospèrent en symbiose avec celui-ci, comme les étourneaux, les renards, les coyotes, les moineaux, les colverts, les écureuils, les ratons laveurs, les blaireaux, les mouffettes, les marmottes d’Amérique, les cerfs, les lapins, les chauves-souris, les rats, les souris et bien d’autres encore » (S. Donaldson et W. Kymlicka, Zoopolis, Une théorie politique des droits des animaux, Alma éditeur, 2016, p. 20). Ce sont les animaux liminaires, ni domestiques, ni tout à fait sauvages. « Comme ils ne font pas partie de notre société, nous sommes persuadés de pouvoir éliminer en toute impunité ces prétendus nuisibles par des méthodes semblables à celles du nettoyage ethnique. » (S. Donaldson et W. Kymlicka, op. cit., p. 299)

Nous devons partager l’espace urbain avec ces animaux, car ils n’ont nulle part où aller.

Partager l’espace urbain ne signifie évidemment pas partager son logement. Nous avons tout à fait le droit de refuser l’entrée de nos habitations aux animaux liminaires et notamment aux rats. En revanche, les parcs et jardins sont des espaces où nous pouvons et devons cohabiter. La politique séparatiste, conduite par la Mairie de Paris à l’égard des rats, entre le dessus (les espaces verts) et le dessous (les égouts) est injuste. De quel droit privons-nous certains animaux de tout accès à la lumière du jour ?

Enfin, la limitation de la quantité de nourriture abandonnée sur la voie publique et le recours à des produits contraceptifs, sous réserve d’autorisation de mise sur le marché, limiteraient sans doute le nombre de rats… à supposer démontrée une augmentation significative du nombre de ces animaux.

 

Les rats, animaux sensibles et intelligents

(pour en savoir plus : association PEA)

Les rats sont intelligents, territoriaux, joueurs, affectueux et altruistes ; ils forment des sociétés hiérarchisées. Ils ont une conscience (Déclaration de Cambridge sur la conscience du 7 juillet 2012) et ressentent des émotions. Les rats font preuve d’empathie (par exemple, ils sauvent leurs congénères de la noyade). C’est ainsi qu’ils sont devenus des animaux de compagnie très appréciés. Ainsi, pendant que la Mairie de Paris tentent de les chasser des jardins et des parcs, des caves et des sous-sols, les rats s’installent dans les étages, dans les chambres et les salons, côtoyant étroitement les humains…

Non, les rats ne sont pas nos ennemis. Nous pouvons cohabiter avec eux de manière pacifique.

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